N’ai-je pas déjà connu assez de misères?

Madame D.S. et Monsieur A.S. sont venus chercher de l’aide à Objectif. Tous deux ont été – avec incrédulité – refusés pour cause de soupçons de mariage blanc. Leur récit.

Nouveau départ

Quand nous expliquons à D.S. qu’elle est refusée pour cause de suspicion de mariage blanc, c’est comme si l’on rouvrait une plaie. D.S. (42 ans) est une universitaire marocaine. Elle menait une belle carrière au Maroc, dont de nombreuses femmes de son entourage étaient jalouses. En 1996, elle y rencontre un homme qui deviendra son mari. Il vit déjà en Belgique et elle commence par tenter de le convaincre de revenir vivre au Maroc. Elle aime son travail et ses deux enfants (d’un mariage précédent) y sont scolarisés. En 1998, elle cède et vient vivre en Belgique, ayant toute confiance en son nouvel époux.
Pour elle, cela signifie un nouveau départ. Elle est pleine de bonne volonté et pense trouver rapidement un emploi ici.

Montagne de dettes

Dès son arrivée en Belgique, les choses prennent malheureusement une mauvaise tournure.

Son mari n’est pas le tendre conjoint sur lequel elle aurait pu s’appuyer. Il est dans les dettes jusqu’au cou et est violent envers elle et ses enfants. Ce n’est que grâce à l’aide du service social qu’elle sort de son trou psychologique et qu’elle trouve le courage de divorcer après trois ans de mariage.

Aujourd’hui, elle tente d’oublier cette période malheureuse et de ne plus penser qu’à l’avenir de ses enfants. Entre-temps, ils vont à l’école ici depuis quelques années déjà et elle ne veut pas chambouler une nouvelle fois leurs vies en retournant au Maroc. Elle y a en outre perdu son boulot et, ici, elle a reçu plusieurs offres d’emploi dans l’enseignement, mais elle doit alors avoir la nationalité belge…

Madame D.S. met tous ses espoirs dans la lettre que nous l’avons aidée à rédiger pour la Commission des naturalisations. Ce n’est que dans plusieurs mois plus tard que nous saurons si celle-ci a bien voulu revoir sa décision.

Raisons personnelles

Monsieur A.S. (50 ans) a également reçu une lettre de la Commission des naturalisations qui stipule qu’il est refusé pour cause ‘de démarches entreprises afin de régler le séjour en Belgique’. Une suspicion de mariage blanc donc. Il habite en Belgique depuis 1993 et a appris à connaître sa femme sur les lieux de travail (comme cela arrive souvent). Quand ils se marient en 1997, il habite donc déjà légalement en Belgique depuis quatre ans. Il s’agissait en fait d’un séjour temporaire, lié à son contrat de travail et, après le mariage, il a reçu tout naturellement une carte de séjour permanente.

Tristesse

A.S. est très ému en nous faisant son récit. En 2000, après que son épouse a subi une opération, tout change pour lui. Ils doivent oublier définitivement leurs plans en vue de fonder une famille. En dépit de leurs sentiments réciproques, cette épreuve se solde par un divorce.

Son ex-femme a écrit une lettre à la Commission des naturalisations en vue de confirmer son récit. Monsieur A.S. trouve la décision de la Commission non correcte et non fondée : « On n’a rien à me reprocher, je n’ai jamais commis de faute. J’ai encore de bons contacts avec mon ex-femme et cette situation m’est particulièrement pénible. »

Rachida Meftah