" En tant qu’étranger, vous restez constamment à la marge de la société "

Pavel Radjuk a 37 ans, est réfugié politique et actif au sein de la Russisch sprekende platform Solidariteit (plate-forme de Solidarité des Russophones). Il travaille en tant qu’accompagnateur au sein de l’Internationaal Comité, une asbl associée à l’ACW (CSC flamande).

En 1997, il a fui sont pays natal, la Biélorussie, pour la Belgique. Dans son pays, il était actif au sein du mouvement de démocratisation et la répression l’a contraint à quitter le pays. Très rapidement, en 1998, il obtient le statut de réfugié politique. En 2002, il obtient la nationalité belge via la naturalisation.

Pourquoi avez-vous demandé la nationalité belge ?

Cela faisait un petit temps déjà que je songeais à demander la nationalité parce qu’alors vous êtes membre à part entière de la communauté. Au début, je me sentais très concerné par les réformes démocratiques en Biélorussie. C’est pourquoi nous avons mis sur pied le Wit-Russisch Centrum à Anvers. Mais nous avons de plus en plus été confrontés aux problèmes de l’intégration des réfugiés russophones et dès lors à la manière dont la société belge est composée.

La raison concrète de la demande a été une invitation à une conférence en Grande-Bretagne. Un ami biélorusse a demandé un visa mais, malgré l’invitation, cela lui fut refusé. J’ai pensé alors : je dois franchir le pas et je fus également immédiatement délivré de nombreux maux de tête. En tant que réfugié, vous ne pouvez voyager qu’au sein des pays Schengen. En dehors d’eux, vous devez à chaque fois demander un visa.

Que s’est-il passé après votre demande ?

J’ai surtout attendu, plus de deux ans, combien de temps exactement, je ne le sais plus. Pendant très longtemps, je n’ai obtenu aucune nouvelle. Un jour, j’ai téléphoné au Service des naturalisations. A l’époque, ils m’ont raconté que ma demande serait examinée lors de la prochaine session de la Commission et que je devais faire encore preuve de patience durant trois mois. Mais, comme je ne recevais aucun avis, j’ai retéléphoné. Ma demande n’avait pas été examinée par la Commission et je devais encore faire preuve d’un peu de patience. Lors du coup de téléphone suivant, il apparut que j’obtiendrais une réponse positive mais beaucoup d’eau a encore coulé sous les ponts avant que je ne reçoive la lettre. Ce fut un réel soulagement.

Qu’est-ce qui a changé dès lors que vous aviez la nationalité belge ?

Au début, cela a eu surtout un effet psychologique. Vous êtes apaisé. Même si vous êtes effectivement reconnu en tant que réfugié, vous restez toujours un étranger. Dans votre for intérieur, reste la peur d’être expulsé du pays, à plus forte raison quand vous entendez certains partis.

Et c’est évidemment bien plus facile pour voyager. Ainsi, récemment, je rentrais d’un voyage à l’étranger avec quelques amis. Ils n’avaient pas la nationalité de l’un des pays de l’Union européenne et devaient faire la file, une longue file, alors que moi j’ai pu poursuivre ma route.

En outre, cela accroît vos chances sur le marché du travail. Les employeurs sont toujours un peu méfiants si vous n’êtes pas belge. Maintenant, je peux commencer à penser à des professions bien précises et à des fonctions dans les institutions d’État pour lesquelles je n’entrais précédemment pas en considération parce que je n’étais pas belge.

Trouvez-vous important d’avoir la nationalité belge ?

Je constate que de nombreuses personnes de mon entourage demandent la nationalité belge, même des personnes âgées. Elles ont parfois travaillé pendant 15 ans ici mais n’ont pas une pension décente.

En tant qu’étranger, vous restez toujours à la marge de la société, vous ne vous sentez pas concerné, pas responsable du bon déroulement des choses. En tant que Belge, vous êtes davantage intéressé par la société, vous y participez en tant que citoyen actif. Les gens doivent aller voter et se demandent pour qui ils doivent voter, quel est le programme des partis, des candidats. Ils peuvent faire entendre leur voix, exercer une influence. Ceci renforce leur implication. Des cours d’intégration, c’est bien mais il faut aussi faire en sorte que les gens soient impliqués dans la vie du pays.

Dans ce pays, règnent les extrêmes, il n’y a pas de voie centrale. Les immigrés sont d’abord nécessaires et ensuite ils sont regardés comme des démons. La distinction entre Belges et étrangers n’est pas bonne pour les relations entre allochtones et autochtones. S’il y a plus de Belges, cela mène à une meilleure cohabitation.