En 2008 aussi, De Lijn appartient à tout le monde

Les relations sont parfois difficiles, à certains moments, entre des jeunes des quartiers populaires d’Anvers et des chauffeurs dans les bus et les trams. On peut n’en avoir rien à faire, réaliser des études sur le sujet, en discuter sans fin ou en abuser à des fins politiques. Mais il est aussi possible de tenter d’y faire quelque chose.
Rafraîchissons-nous la mémoire : Objectif a lancé le projet ‘De Lijn is van iedereen’ (De Lijn appartient à tout le monde) en décembre 2006. Des rencontres entre des chauffeurs et de jeunes allochtones de quartiers difficiles doivent permettre d'améliorer l’ambiance dans trams et bus. En mai 2007, une après-midi de bowling a eu lieu avec une équipe mixte. Plus tard dans l’année, jeunes et chauffeurs ont fraternisé en tenue de football pour une partie de ping-pong et en décembre un jeu de rôles s’est déroulé dans un bus. Les hommes et les femmes de De Lijn pouvaient cette fois faire du chahut dans le bus. Les jeunes, de leur côté, entraient dans la peau du chauffeur et du contrôleur.
Rencontres
En 2008, Objectif et ses partenaires ont continué sur leur lancée et ont mis en contact, pour la deuxième année de suite, jeunes et chauffeurs de De Lijn. La philosophie derrière toutes ces rencontres : donner aux jeunes et aux chauffeurs la possibilité d’apprendre à se connaître. Leur faire ressentir leur environnement respectif. Mais aussi tordre le cou aux préjugés racistes. En la matière, ce n’est pas le nombre de jeunes qui participent aux activités qui est déterminant mais bien le fait qu’ils disent à leurs amis qui chahutent : ‘Fais pas le con, ce chauffeur est un type bien’.
Les chauffeurs vont aux fêtes de quatiers
Ce pourrait être une question de quiz : que font les chauffeurs de De Lijn à la fête de quartier dans le nord de la ville ?
Réponse : ils œuvrent à une bonne atmosphère dans leur tram ou bus.
En juin 2008, Objectif y a tenu un petit stand en compagnie de l’association du personnel ‘Lijnrecht tegen racisme’ et ‘Trammelant’. ‘Trammelant est une émanation de De Lijn dans une dizaine d’écoles. Devant le bus qu’ils avaient amené, se trouvait un jeu de spirale électrifiée auquel ont participé près de deux cents personnes du quartier, du plus jeune au plus vieux. Une dizaine ont finalement réussi à passer l’anneau jusqu’à la fin du parcours sans toucher la spirale. En récompense, ils ont reçu un T-shirt.
Quelques mètres plus loin, une équipe de De Lijn participait à une version locale de la Champions League de football. Elle fut vite éliminée, et ceci malgré le renfort de quelques joueurs étoiles équatoriens.
Un chauffeur agressé témoigne
Un article de presse. « Un chauffeur de bus de De Lijn a été agressé par deux jeunes le jeudi 16 octobre en soirée à Anvers. L’homme a perdu conscience et a été admis à l’hôpital avec une commotion cérébrale. » ‘Lijnrecht tegen Racisme’ a organisé, en 2008, sa journée de rencontre annuelle et, cette année aussi, on a mangé, dansé et chanté. La plupart des personnes présentes avaient déjà passé l’après-midi à jouer aux fléchettes avec des duos mixtes – un jeune et un chauffeur. C’est ce samedi après-midi aussi qu’Objectif a présenté sa campagne ‘Respect op de Lijn’. Mais le moment fort de la journée a été, sans nul doute, le témoignage de Staf Van Mensel.
Staf Van Mensel, 52 ans, est chauffeur de bus, tout comme son père l’a été. Engagé socialement, il est fondamentalement antiraciste. Mais depuis le 16 octobre, plus rien n’est comme avant. Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Que deux jeunes d’origine étrangère, sans aucune raison, l’aient fait aboutir à l’hôpital, cela le hante.
« Quand je vois un petit groupe de jeunes allochtones, j’ai peur », raconte-t-il devant une salle muette comme une carpe. «  J’ai honte de cette pensée, parce que je ne veux pas être raciste, et je sais que, eux aussi, ont leurs problèmes. Mais cette angoisse est plus forte que moi. C’est pourquoi je trouve cette discussion si importante. » Le chauffeur plaide pour un respect mutuel. « Je sais que ce n'est pas toujours facile pour vous dans cette société. Vous n’êtes pas toujours bien compris. Mais nous, les chauffeurs, avons aussi nos problèmes. Nous ne sommes, nous aussi, que des êtres humains. Si, en une journée, vous avez vingt chahuts dans votre bus, le vingt et unième sera peut être celui en trop. »
Le reporter d’Indymedia a résumé ce témoignage de la manière suivante : « Avoir pu parler avec des jeunes allochtones lors de cette journée de rencontre a constitué un grand pas en avant dans le traitement par Staf de son traumatisme. Pour toutes les personnes présentes, ce fut aussi une occasion pour réfléchir plus à fond sur les causes de la discrimination et sur l’attitude agressive inacceptable de certains jeunes allochtones. »
Le projet ‘De Lijn is van iedereen’ est une initiative de l’asbl Objectif, en collaboration avec l’association du personnel ‘Lijnrecht tegen racisme’, de l’association de jeunes ‘Samen Op Straat’ (ensemble en rue) et de De Lijn.
Reddy et Slam dans le tram
La place Willy Vandersteen, le cœur d’Anvers Nord où – vous le devinez déjà – le père artistique de Bob et Bobette a grandi. Aujourd’hui, à tort ou à raison, le quartier traîne une mauvaise réputation derrière lui. C’est aussi le quartier où eut lieu l’incident qui mena au décès d’un passager de bus.
Et pourtant, vous ne les entendez pas se plaindre de leur milieu, Ahmed, Salim, Reduan, Saïd, Benamari, Abdelhanin et Ali, sept jeunes d’origine marocaine entre, 15 et 18 ans. Ils y passent leur temps libre, à l’extérieur, sur la place Vandersteen ou, à l’intérieur, dans la cave de ‘Samen op Straat’ (Ensemble en Rue), où ils travaillent ou surfent sur Internet. C’est ici aussi qu’ils sont entrés en contact avec ‘De Lijn is van iedereen’. Salim et Reduan ont participé à un tournoi de tennis de table et à une discussion dans la cave de ‘Samen op Straat’. Cela leur a donné une meilleure vision du job de chauffeur, les amenant à dire parfois : « Ah, nous ne l’avions pas vu sous cet angle. »
D’un autre côté, ils trouvaient tous les deux que les chauffeurs les montraient encore trop souvent du doigt et ils souhaitaient plus de compréhension quant à leur point de vue. Malheureusement, ils n’arrivaient pas à bien faire passer leur message. C’est quand quelqu’un leur glissa à l’oreille qu’ils devaient suivre le bon exemple de ces trois garçons et de cette fille qui avaient fait un numéro de rap à la journée de rencontre de Lijnrecht tegen Racisme que la lumière se fit : eux aussi voulaient faire quelque chose de semblable. Mais quelque chose à la manière de Ab & Sal, leurs héros qui font des reportages pour la télévision hollandaise. Reddy et Slam dans le tram ou quelque chose du genre.
L’asbl Objectif s’occupa de trouver des fonds européens et Get Basic donna une formation aux six Anversois afin de réaliser de petits films.
Les vacances arrivèrent et le projet fut gelé. Mais au printemps 2009, ils se remirent en action. Reddy et Slam, gravez ces noms dans vos oreilles.